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Le parc des Buttes-Chaumont (1864-1867)

Rue Manin

lac bttes chaumont

Le lac du parc des Buttes-Chaumont

Situé à l’est de Paris, le parc des Buttes-Chaumont est aménagé selon le principe des squares mis en œuvre par Jean-Charles Alphand, sous le règne de Napoléon III. 

fouquet gibet montfaucon2

Jean Fouquet

Les Grandes Chroniques de France, vers 1455-60, manuscrit enluminé, BnF, Manuscrits, Français 6465, fol. 236 (« Supplice des Amauriciens ») 

fouquet gibet montfaucon

Détail du gibet royal de Montfaucon

Que sait-on de l’histoire des lieux ? Elle est marquée par le transfert, en 1761, du gibet de potence de la justice royale (le « gibet de Montfaucon »), jusque-là érigé à quelques mètres de l’actuelle place du Colonel-Fabien. Cette structure paraît sur une feuille des Grandes Chroniques de France, en arrière-plan de la scène principale : l’enlumineur y représente plusieurs cadavres pendus. 

Dans une notice historique consacrée aux Buttes-Chaumont, Germaine Boué en donne une description précise : « Sa construction, fort rudimentaire, se composait d’une masse de pierres brutes, cimentées en maçonnerie, et formant un carré long surmonté d’une plate-forme. On y montait par une large rampe en pierre dont une solide porte revêtue de fer fermait l’entrée. Sur trois faces du carré s’élevaient seize piliers en pierre de taille, d’une hauteur de trente-trois pieds, reliés entre eux par des poutres de bois auxquelles étaient fixées des chaînes de fer destinées à pendre les condamnés. C’est à ces gibets, appelés aussi fourches patibulaires, que l’on exposait les cadavres des suppliciés, soit qu’il eussent été exécutés là ou ailleurs. » (Les Buttes-Chaumont, Paris, 1867, p.7). 

Les terres des Buttes-Chaumont, jugées impropres à l’industrie et à la culture, dont le sol et le sous-sol se composaient de glaise, de marne et de gypse, ne suscitèrent ensuite qu’un intérêt médiocre. En 1789, le site servit de décharge, avant d’accueillir, au cours de la première moitié du XIXe siècle, des établissements d’équarrissage et un dépotoir de vidange malodorant. Des carrières d’extraction de gypse et de pierre meulière exploitèrent également le sous-sol. Le site portait alors le nom de « Butte Saint Chaumont », par dérivation de « Chauve-Mont », probablement en allusion au paysage lunaire causé par des années d’exploitation du sous-sol.

En 1852, les terrassements des chemins de fer de la Petite Ceinture et l’ouverture, en 1855, de la rue de Crimée ralentirent le développement des carrières, même si, en 1863, huit cents ouvriers travaillaient encore à l’extraction du gypse. Mais en 1860, l’annexion des communes de Belleville et La Villette entraînèrent une réflexion sur le réaménagement de ce quartier malfamé, où s’étaient réfugiées les populations les plus misérables. Le projet d’une promenade publique fut suggéré, mais le caractère pittoresque du site, dont les hauteurs dominaient Paris, favorisa plutôt la création d’un grand parc.

Le parc des Buttes-Chaumont fut officiellement décrété en 1863 : Jean-Charles Alphand, Jean Darcel et Jean-Pierre Barillet-Deschamps se chargèrent des plantations ; Gabriel Davioud conçut l’architecture des six pavillons de garde, des deux brasseries et du restaurant.

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Le temple ou belvédère de l’île rocheuse du parc des Buttes-Chaumont

Les créateurs du parc des Buttes-Chaumont, ceint de grilles et en contrebas de boulevards bordés d’habitations luxueuses, exploitèrent le relief de deux collines, dont les versants sont sillonnés d’allées et de sentiers.

Ils dessinèrent, entre les pelouses, de larges allées carrossables et des sentiers plus étroits, qui s’apparentent à un entrelacement de voies plus ou moins larges et pentues. Des escaliers permettent également de prendre des raccourcis et de passer d’un chemin à l’autre.

Dans la partie la plus encaissée, un lac artificiel, bordé de plate-bandes, isole un grand rocher en fausse rocaille sur lequel se dresse un petit temple rond à l’antique, inspiré par le temple de Vesta, dit de la Sibylle, à Tivoli, que des générations d’artistes ont tant admiré. De ce point élevé, la vue sur Paris est splendide : c’est en particulier l’un des plus beaux points de vue sur la Butte Montmartre et la basilique du Sacré-Cœur.

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Le belvédère du parc des Buttes-Chaumont (1869)

Érigé par l’architecte Gabriel Davioud, le temple rond du parc des Buttes-Chaumont présente un style composite, ionique et corinthien, comportant huit colonnes, sur un soubassement en pierre du Jura. Un décor de palmettes et de têtes de lion orne la base du dôme, dont le sommet reçoit un épi de faîtage, composé de feuilles d’acanthe et de volutes, qui supporte une pomme de pin.  

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La passerelle suspendue de Gustave Eiffel 

Du côté de la rue Manin et de l’entrée principale, une passerelle permet l’accès à l’île rocheuse. Conçue par Gustave Eiffel en 1867, elle relie la rive ouest du lac et l’île rocheuse. Elle est suspendue par des câbles de fer, qui s’appuient sur quatre pylônes en fausse rocaille.

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La passerelle suspendue de Gustave Eiffel

Le tablier de la passerelle suspendue est constitué de planches de bois ; les garde-corps sont grillagés. De légères vibrations accompagnent le promeneur lors de sa traversée. Un passage creusé dans la falaise rocheuse, où quelques points de vue sont dégagés sur le parc et ses environs, permet d’éviter les lacets et les marches du chemin des aiguilles, et d’accéder directement à la plate-forme du belvédère. Le même passage permettait de descendre sur les rives du lac et d’accueillir les promeneurs au terme de leur traversée en bateau.

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Un pont en brique et pierre, composé d’une seule arche en plein cintre, franchit les escarpements en bordure du lac : il relie les hauteurs situées au sud du parc et la zone la moins élevée de l’île, à l’endroit le plus étroit du lac. Surnommé « pont des suicidés », il aboutit à un chemin montant et à un second pont, dont le plancher et le garde-corps sont en ciment moulé. Surplombant un petit ravin et une cascade aujourd’hui asséchée, ce nouvel ouvrage mène à la plate-forme du belvédère.

Un troisième pont franchit la tranchée du chemin de fer de la Petite Ceinture, aujourd’hui désaffectée et inaccessible à la visite, sur la pointe septentrionale du parc. Ce point de vue sur l’un des emblèmes de la modernité -le chemin de fer- inscrit le parc des Buttes-Chaumont dans son époque.

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La grande cascade du parc des Buttes-Chaumont

     La présence en abondance de l’eau contribue à la luxuriance du parc des Buttes-Chaumont. Une pompe puise l’eau du canal de l’Ourcq pour alimenter le lac, la petite cascade qui descend en torrent vers le bassin situé au sud-ouest du lac, mais aussi la grande cascade, au sud-est.

La grande cascade se précipite, par une ouverture minérale et végétale, dans une vaste grotte ornée de stalactites artificielles, puis nourrit une cuvette encombrée de quelques pierres assurant le passage des promeneurs, avant de s’échapper en torrent bouillonnant.

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Le pavillon de garde, près de l’entrée principale du parc

Gabriel Davioud conçoit les six pavillons de garde, les deux brasseries et le restaurant du parc dans un même style : une construction en brique avec des décorations de faïence, précédée d’un porche.

Germaine Boué décrit assez méticuleusement l’architecture de Davioud : les six pavillons « se composent tous de deux pièces au rez-de-chaussée et de deux pièces au premier étage. L’entrée est précédée d’un petit porche, destiné à abriter au besoin les promeneurs surpris par l’orage. Leur construction est uniformément en brique apparente jointoyée et colorée ; la couverture est en tuiles-Muller avec faîtages et chéneaux ornés ; les mitres sont également exécutées sur modèles spéciaux. Mais ce qui distingue particulièrement ces élégants pavillons, c’est la décoration de faïence colorée, appliquée dans les frises et bandeaux ; il y a là un élément nouveau d’ornementation pittoresque dont il faut savoir gré aux habiles artistes de la ville de Paris. L’habitation du garde général des promenades de Paris est conçue d’une façon analogue, mais avec sa couverture en ardoises et frise en grès cérame.

Il y a aussi trois établissements publics, deux brasseries et un restaurant. Celui-ci est agréablement situé sur les bords du lac : les murs sont en briques de couleurs multiples, avec frise en faïence. Au premier étage se trouve une terrasse ornée d’une balustrade avec colonnes couronnées de traverses supérieures, disposition analogue aux vignes italiennes, du plus charmant effet. Les deux autres bâtiments, affectés également à un genre de consommation, ont une ornementation similaire, variée seulement dans les détails »

(Les Buttes-Chaumont, Paris, 1867, pp. 15-16) 

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Le parc des Buttes-Chaumont n’a jamais été un musée de sculptures en plein air. De rares œuvres ont, au fil du temps, été installées, puis retirées ou détruites. En 1933, Sylvain Kinsburger (1855-1935) exécute en pierre la figure du Gouffre, aujourd’hui envahie de lierre, que le promeneur empruntant la route circulaire du lac ne peut manquer. 

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